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Totalitarisme ramadanesque en Tunisie

Publié par Karim Abdellatif sur 2 Juin 2017, 22:57pm

Catégories : #articles, #Prose

Totalitarisme ramadanesque en Tunisie

Je défends le principe de liberté individuelle jusqu'à ses excès. Bakounine disait : « La liberté des autres étend la mienne à l'infini. » Je défends aussi les traditions, car sans celles-ci, le présent et le futur sont bâtis sur du vide. En ce sens, je pense que malgré les avancées sociales dues à Habib Bourguiba, ce dernier a fait beaucoup de mal à notre pays. Il a sabordé l'université Zitouna (une université plus ancienne que la Sorbonne) ; il a forcé les élèves à ne pas jeûner durant le mois de Ramadan ; il a obligé le peuple à épouser les valeurs occidentales, etc.

 

Néanmoins, ce que j'observe depuis quelques années, et spécialement durant la période du Ramadan, m'inquiète au plus haut point : la chasse et la criminalisation des fattara (les non-jeûneurs), la fermeture obligatoire de tous les cafés et restaurants durant le mois de Ramadan y compris ceux qui baissent leurs stores ou couvrent leurs vitres de feuilles de journaux, les remarques désobligeantes aux femmes sur leur façon de s'habiller, l’intolérance et les remarques acerbes quotidiennes à l'égard de tous ceux qui s'écartent de la masse du troupeau.

 

L'islamisme radical s'impose à nous lentement mais sûrement, avec le consentement d'une population tunisienne qui ne saisit pas réellement le principe de liberté de conscience et dont l'intelligence oscille entre la naïveté béate et la bigoterie crétine.

 

Je ne pense certainement pas que les traditions se limitent à porter la djellaba une fois l'an lors de la journée nationale de l'habit traditionnel, mais ce qui se passe actuellement sous nos yeux est la véritable naissance d'un totalitarisme étatique.

 

Le totalitarisme « s'immisce jusque dans la sphère intime de la pensée, en imposant à tous les citoyens l'adhésion à une idéologie obligatoire, hors de laquelle ils sont considérés comme ennemis de la communauté.» En ce sens, la politique religieuse tunisienne pénètre jusque dans vos demeures et dans vos esprits. Elle vous dicte ce que vous devez penser, comment vous devez vous comporter, ce que vous devez manger et boire (et ne pas manger ou boire) et à quelle heure de la journée le faire...


La police, bras armé de l'Etat, est là pour veiller au grain et faire respecter la bien-pensance et l'ordre moral religieux. L'article 6 de la Constitution tunisienne de 2014 stipule que « L’État est gardien de la religion. Il garantit la liberté de croyance, de conscience et le libre exercice des cultes ; il est le garant de la neutralité des mosquées et lieux de culte par rapport à toute instrumentalisation partisane. L’État s’engage à diffuser les valeurs de modération et de tolérance, à protéger les sacrés et à interdire d’y porter atteinte, comme il s’engage à interdire les campagnes d’accusation d’apostasie et l’incitation à la haine et à la violence. Il s’engage également à s’y opposer. »

 

Tant de contradictions dans un seul et même article ; tant de lectures possibles...

 

Totalitarisme, tu nous guettes...

 

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Texte dédié à Jabeur Mejri et Amina Sbouï.

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