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A bas la génération Ben Ali !

Publié par Karim Abdellatif sur 22 Mai 2017, 23:51pm

Catégories : #articles, #Prose

A bas la génération Ben Ali !

J'ai vécu dans les années 80 et les années 90. Je me souviens de la fin du règne de Bourguiba. Je me souviens de ces supermarchés vides aux allures de républiques de l’ex-URSS. Je me souviens aussi des files une fois l’an, à Ramadan, où des gens faisaient la queue pour un kilogramme de bananes ou de pommes Golden. A l’époque, la « forêt noire » de Ksar Ettej était considérée comme le meilleur gâteau de tout Tunis ; Quand des parents revenaient de France et apportaient une tablette de chocolat Milka, on avait comme un avant-goût du paradis. Une génération avant, mon père qui était interne dans un patelin du Cap-bon, faisait des casse-croûtes avec du pain 3arbi dans lesquels il mettait un peu de baguette souri… Ma famille paternelle a connu pendant un certain temps la misère ; mon père a dû vendre à Nabeul de la halfa préparée par ma grand-mère et ma tante… Je ne fais pas étalage de cela par goût du misérabilisme, mais pour dire que j’étais heureux dans les années 80 et que feu mon père était sans doute aussi heureux durant les années 60…

 

Les années Ben Ali nous ont certes apporté la prospérité économique. Mais sommes-nous plus heureux après sa chute ? La société de consommation nous a montré un avant-goût de la vie à l’occidentale. Les chaînes de télévision transmises via les satellites ont introduit dans nos salons le concept du consumérisme de masse. Notre pouvoir d’achat baisse actuellement et les commerçants pour qui la notion de perte n’a pas cours répercutent la chute du dinar en augmentant les prix de leurs articles (y compris ceux achetés avant la dévaluation de notre monnaie). Malgré tous les troubles, est-ce parce que nous nous appauvrissons que de plus en plus de Tunisiens étouffent et souhaitent envoyer leurs enfants poursuivre leurs études à l’étranger ? Je ne pense pas… Il y a pour moi une fracture qui s’est produite en Tunisie, entre l’héritage de Ben Ali – à savoir, la richesse à tout prix, le plus rapidement possible et quoi que cela coûte – et l’idée que beaucoup de citoyens se font du vivre ensemble : une vie paisible, la tolérance, le convivialité, la volonté de travailler honnêtement et de faire progresser son pays, non pas en écrasant les autres mais en les hissant avec soi sur les marches du podium…

 

Mais cette putain de « génération Ben Ali », je l’exècre… C’est la pire chose qui soit arrivée à la Tunisie. Une génération qui ne jure que par le dinar, les vêtements à la mode, les voitures de luxe. Sami Fehri est le plus beau spécimen de cette génération, son maître à penser cathodique… Il diffuse son poison chaque année : des boîtes qui font gagner de l’argent, des feuilletons où l’on transporte du sperme dans des thermos et où le vice devient vertu. Je n’aime pas les tenants de l’islam politique, mais sous leurs habits modernes (exception faite pour ces décérébrés de salafistes), les islamistes des années 2010 me semblent moins dangereux que ces marchands de rêves et de dinars… Je me trompe peut-être… En tout cas, j’exècre ces Fehri, Chiboub, Trabelsi, Bsaïes, etc.

 

La Tunisie est une terre d’accueil qu'on a transformée en putain cupide. Pour une aide financière nous acceptons de nous offrir, de nous vider de notre essence. Dans les années 80, j’étais plus heureux que maintenant… Pas parce qu’il n’y avait pas d’islamisme ; il y en avait déjà à l’époque… Pas parce que nous avions plus d’argent ; non, la plupart des Tunisiens finissaient difficilement leurs mois… Mais parce que le Tunisien était mon frère et ma sœur… Maintenant, ce n’est qu’un rival qui veut être meilleur que moi, plus riche que moi, avoir une plus belle voiture que moi et une plus grosse maison… Cette culture Ben ali, c’est elle qui a détruit la Tunisie et non la baisse du tourisme, les usines qui ferment et le dinar en chute libre.

 

Ben Ali et tous tes suppôts, voici le véritable héritage que vous nous avez laissé : la misère affective et intellectuelle… Vous avez assassiné la bonté et la gentillesse en nous ! Vous avez fait disparaître ce qu'il y avait de meilleur en nous... 

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